Prix de l’Assemblée nationale du Québec

 Récipiendaires

 

Le prix de l’Assemblée nationale du Québec a pour objectif de favoriser la production d’ouvrages reliés à l’histoire politique de l’Amérique française qui s’imposent par la qualité, l’originalité et la rigueur de la recherche historique et par leur accessibilité au grand public.



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2018

Martin PETITCLERC et Martin ROBERT
Grève et paix. Une histoire des lois spéciales au Québec
Lux, 2018.

Avec un titre évocateur du fameux roman de Léon Tolstoï, certains vous diront que le livre de Martin Petitclerc et de Martin Robert était destiné à remporter un prix. Les membres du comité des prix tiennent à vous rassurer que ce livre n’a pas été choisi en raison de son titre. Dans leur synthèse, les auteurs retracent l’histoire du rôle de l’État dans la gestion des relations de travail. Ils s’intéressent tout particulièrement aux interventions du gouvernement du Québec visant à limiter le droit de grève par des lois spéciales. Fondant leur analyse sur une diversité de sources, Petitclerc et Robert démontrent que le gouvernement du Québec recourt, d’autres affirmeraient qu’il abuse, à son droit d’ingérence en suspendant le droit de grève par des lois spéciales, geste posé par les autres États de la fédération canadienne mais avec moins de fréquence. Ce livre démontre comment les lois spéciales ou d’exception ont contribué à ce que les auteurs appellent la marginalisation du syndicalisme. En même temps, le lecteur découvre le visage « coercitif » de l’État par son recours à la suppression du droit de grève, tendance qui s’est intensifiée dans le contexte du néo-libéralisme.


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Ronald RUDIN
Kouchibouguac : Removal, Resistance, and Remembrance at a Canadian National Park
University of Toronto Press, 2016.

Sis sur la côte acadienne du Nouveau-Brunswick, le parc national Kouchibouguac cache derrière ses beautés naturelles une histoire tourmentée, marquée par la destruction de sept communautés et la relocalisation de plus de 1 200 personnes, en grande majorité d’origine acadienne. C’est cette histoire, et plus encore, que Ronald Rudin nous raconte dans son plus récent ouvrage intitulé Kouchibouguac : Removal, Resistance, and Remembrance at a Canadian National Park, à qui est décerné le Prix de l’Assemblée nationale cette année.

Avec force détails, l’auteur nous présente l’affrontement éminemment politique entre, d’un côté, les gouvernements fédéral et provincial désirant créer un parc national dans cette région et, de l’autre, les communautés en grande partie acadienne menacées par ce projet. Inspirés par les principes de la modernité avancée (high modernism), pour reprendre l’expression de James C. Scott, outillés d’une panoplie de moyens technocratiques et imbus d’une conception de la nature comprise en opposition à toute présence humaine, les gouvernements impliqués dans la création du parc ont cherché à transformer et à façonner aussi bien l’environnement que les communautés humaines de la région afin de promouvoir le tourisme et le développement économique. Bien que le rapport de force n’ait pas été à leur avantage, les communautés visées par les expropriations n’ont néanmoins pas hésité à lutter contre le projet qui impliquait leur disparition, parfois même de manière musclée. Rudin nous rappelle que si plusieurs communautés ont finalement disparu, leur lutte n’a pas été vaine.

Elle a à la fois permis aux Néo-Brunswickois relocalisés d’obtenir de meilleures conditions d’expropriation tout en forçant le gouvernement fédéral à repenser sa politique concernant la création de nouveaux parcs nationaux, sauvant par la même occasion plusieurs autres communautés. L’auteur termine sa discussion en abordant la commémoration de cette histoire. Ce brillant ouvrage constitue une contribution majeure à l’histoire politique d’une région de l’Amérique française. Il démontre à la fois l’originalité, la vitalité et les possibilités de la nouvelle histoire politique qui s’intéresse aux rapports de pouvoir dans la société en les abordant à partir de diverses approches complémentaires.

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Marc VALLIÈRES
Le Québec emprunte: Syndicats financiers et finances gouvernementales, 1867-1987
Septentrion, 2015.

Bien que la question de l’endettement public ait dominé le discours politique québécois depuis plusieurs décennies, son histoire est demeurée nébuleuse jusqu’à la publication de l’ouvrage de Marc Vallières intitulé Le Québec emprunte : Syndicats financiers et finances gouvernementales, 1867-1987, à qui est décerné le Prix de l’Assemblée nationale cette année. Dans cette étude synthèse reposant sur une impressionnante recherche, l’auteur analyse l’évolution des rapports entre l’État québécois (c’est-à-dire le Gouvernement du Québec, ses affiliés ainsi qu’Hydro-Québec) et les marchés financiers sur lesquels l’État a emprunté les fonds nécessaires aux développements d’infrastructures et au financement de différents programmes gouvernementaux, et ce de la Confédération à 1987.

Ce faisant, il met en lumière le rôle clé des syndicats financiers organisés par des banques et des maisons de courtage pour écouler les obligations gouvernementales sur les marchés domestiques et internationaux. En racontant avec force détails la manière dont les emprunts ont été obtenus, l’ouvrage éclaire d’abord l’évolution des sources de financement de l’État québécois, allant des marchés britannique et français avant la Première Guerre mondiale au marché nord-américain avant la Révolution tranquille, puis aux marchés canadiens, américains, européens et japonais à partir des années 1960. L’ouvrage explique également comment le Gouvernement du Québec s’est progressivement affranchi de l’influence des syndicats financiers anglo-canadiens en encourageant le développement de maisons de courtage franco-québécoises à partir des années 1930, en créant la Caisse de dépôt et placement du Québec en 1965 et en diversifiant la source de ses emprunts à partir de la Révolution tranquille. Cet ouvrage magistral, richement illustré et accompagné de nombreux tableaux, constitue sans conteste une contribution majeure à l’histoire politique du Québec.

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Mathieu LAPOINTE
Nettoyer Montréal. Les campagnes de moralité publique 1940-1954
Septentrion, 2014.

Les campagnes de moralité et de répression du vice n’évoquent guère d’images positives de nos jours et sont facilement soupçonnées d’hypocrisie. Par conséquent, quoique faisant partie du folklore montréalais, celles des années 40 et 50 ont été peu étudiées et restent mal connues. C’est dans ce contexte que le prix de l’Assemblée nationale est décerné cette année à Mathieu Lapointe pour son livre intitulé Nettoyer Montréal. Les campagnes de moralité publique 1940-1954. Cet ouvrage minutieux et solidement documenté remet en question les interprétations assez simplistes du phénomène. Ni tentative de contrôle social ni manœuvre politique, ces campagnes, qui jouirent d’un large appui dans la presse, allant de l’intellectuel Devoir aux tabloïdes populaires, confrontaient les élites locales et rencontrèrent les foudres du gouvernement provincial de Maurice Duplessis et celles de l’administration municipale mise en place par les libéraux. Ces campagnes n’émanaient pas non plus  d’un réflexe clérico-nationaliste défensif face à l’urbanisation et  à la modernité de l’après-guerre. La Ligue de vigilance sociale de 1944-1946 était  bi-confessionnelle et multi-ethnique. Le Comité de moralité publique qui lui succéda, bien que composé exclusivement de Canadiens français, était jeune, urbain et laïc. Loin de rejeter la modernité et les influences extérieures, ces mouvements en faisaient partie et s’intégraient dans une mouvance internationale visant à mettre fin à la corruption municipale, à l’influence du crime organisé sur les municipalités et au trafic de personnes humaines. Les activités des mouvements de moralité publique furent d’ailleurs fortement influencées par des mouvements similaires et contemporains aux États-Unis. L’ouvrage de Mathieu Lapointe nous oblige  donc à revoir nos idées reçues sur ces mouvements et à les comprendre comme des signes avant-coureurs de la Révolution tranquille.


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2014

Alain BEAULIEU, Stéphanie BÉREAU et Jean TANGUAY
Les Wendats du Québec.  Territoire, économie et identité, 1650-1930
Les Éditions GID, 2013.

Ce livre répond parfaitement aux critères du Prix de l’Assemblée nationale.  Il traite d’un sujet éminemment politique : l’histoire des Wendats sur trois siècles, leurs déplacements et leur appropriation du territoire, leurs activités économiques (l’agriculture, la chasse, la pêche, l’artisanat) et leurs revendications juridiques et territoriales.  Qui plus est, ce livre, qui interpellera sans aucun doute les chercheurs, les professeurs et les étudiants, saura intéresser également le grand public.  Si le fil conducteur de l’ouvrage est l’évolution, sur le long terme, de l’économie de subsistance des Wendats, les auteurs livrent en parallèle une analyse fine des relations entre ces derniers et les autorités coloniales et une réflexion nuancée par rapport à ce qu’ils appellent « l’ambivalence identitaire » des Wendats.

Fondé sur une recherche rigoureuse dans les sources et rédigée de manière fluide et accessible, ce livre de belle facture contient de nombreuses images (tableaux et photographies) pertinentes, judicieusement choisies et soigneusement reproduites.

 

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Yves FRENETTE, Étienne RIVARD, Marc SAINT-HILAIRE
Atlas historique du Québec. La Francophonie nord-américaine
Presse de l’Université Laval, 2013.

Cet ouvrage ambitieux et érudit, de facture impeccable, offre aux lecteurs universitaires comme au grand public un vaste panorama des communautés francophones établies en Amérique du Nord, du XVIe siècle jusqu’à nos jours. C’est un livre qui nous invite à nous asseoir pour le feuilleter pendant quelques minutes, et duquel on émerge plusieurs heures plus tard, éblouis par les textes, les cartes, les photos et les tableaux qui nous renseignent autant sur la déportation des Acadiens dans les années 1750 et 1760 que sur la présence francophone à Santa Fe, dans le Sud-Ouest américain, au milieu du XIXe siècle. Cette belle contribution à l’histoire de l’Amérique française marie la perspective historique au souci de comprendre la dimension spatiale de la colonisation et des migrations : la démarche multidisciplinaire est ici pleinement assumée et assurément réussie. Par ailleurs, les derniers chapitres, s’ils sont bel et bien ancrés dans l’histoire des francophones de l’Amérique, proposent également des réflexions autour de l’avenir de ces diverses communautés. Enfin, ce livre est le fruit d’un véritable travail collaboratif : trois directeurs d’ouvrage et plus de trente-cinq auteurs ont participé à cette entreprise collective. C’est à l’unanimité que les membres du jury saluent ce merveilleux ouvrage et félicitent tous ceux et toutes celles qui ont contribué à sa réalisation.

 

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Marcel MARTEL et Martin PÂQUET
Langue et politique au Canada et au Québec. Une synthèse historique
Boréal, 2010.

Ce livre s’est imposé au jury à la fois par son objet, les enjeux linguistiques dans l’espace canadien depuis le XVIe siècle jusqu’à nos jours, et par sa grande rigueur. Les auteurs produisent ici une remarquable synthèse des recherches universitaires récentes sur la politique des questions linguistiques et sur la place légale de la langue française au Canada et au Québec. Avec une prose précise et limpide, Martel et Pâquet présentent les longs cheminements constitutionnels des droits des Francophones, de l’Union des Canadas en 1840 à la Charte canadienne des droits et libertés de 1982, en passant par les crises scolaires des XIXe et XXe siècles. De plus, le choix assidu des illustrations et les encarts judicieux enrichissent la subtilité du texte, autant que la conclusion étaye l’argumentaire. En primant cet ouvrage, l’Institut souligne comment les auteurs ont su offrir à un plus large public le savoir historien, qui trop souvent reste confiné aux universités, sans sacrifier la rigueur scientifique à laquelle s’attendent les spécialistes.

 

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Robert AIRD et Mira FALARDEAU
Histoire de la caricature au Québec
VLB éditeur, 2009.

Le prix de l’Assemblée nationale est décerné cette année au livre de Robert Aird et Mira Falardeau, Histoire de la caricature au Québec (VLB éditeur). Par le prisme de la caricature, c’est en quelque sorte à une histoire des idéologies et des débats politiques que nous convie cet ouvrage puisque la caricature est une compagne privilégiée de la presse et joue un rôle crucial en démocratie. De la naissance de la caricature au lendemain de la Conquête jusqu’à l’avènement de l’internet, l’Histoire de la caricature au Québec constitue une contribution notable qui rend compte de la transformation des pratiques, de la diversité des approches ainsi que de la mutation du contexte dans lequel les caricaturistes exercent leur travail. En primant cet ouvrage novateur, l’Institut reconnaît non seulement la valeur intrinsèque de son contenu, mais également ses qualités en termes de diffusion de l’histoire auprès du grand public. Le livre de Robert Aird et Mira Falardeau est abondamment illustré mettant à contribution plus de 200 caricatures. Grâce à ces illustrations qui éclairent le propos, l’ouvrage peut rejoindre un vaste lectorat, répondant ainsi à l’un des critères du Prix de l’Assemblée nationale.

 

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Serge JOYAL et Paul-André LINTEAU (directeurs)
France-Canada-Québec : 400 ans de relations d’exception
Presses de l’Université de Montréal, 2008.

Le prix de l’Assemblée nationale 2009 est décerné au collectif France – Canada – Québec , publié sous la direction de Serge Joyal et de Paul-André Linteau. France – Canada – Québec est le produit, pour citer la présentation de Joyal et Linteau, de « la généreuse participation de douze historiens réputés qui ont accepté de consacrer du temps à la réussite de cette initiative, en rédigeant chacun un texte original qui fait le bilan des connaissances dans leurs champs de spécialisation ». Le collectif traite des relations entre les trois entités politiques depuis le xvie siècle, des liens entre « L’empire colonial français et les nations amérindiennes » aux « Échanges culturels entre Français, Québécois et Canadiens français depuis 1960 ». Relations commerciales ou relations culturelles, ces relations sont, par leur nature même, internationales, donc éminemment politiques. Par sa facture, l’ouvrage correspond parfaitement aux objectifs du prix : les historiens s’appuient sur une abondante documentation, bien identifiée, pour présenter des textes abordables et de bonne lecture. La qualité de la présentation matérielle rend le livre attrayant : abondantes illustrations, noir et blanc ou couleur, papier glacé. Il s’agit donc d’une référence pour les historiens et d’une contribution remarquable à la diffusion de la connaissance historienne dans le grand public.