Prix Louise-Dechêne

 

Récipiendaires

Créé en 2009, ce prix récompense la meilleure thèse rédigée en français ou en anglais et dont le sujet porte sur l’histoire de l’Amérique française. La thèse de doctorat de Louise Dechêne, publiée sous le titre Habitants et marchands de Montréal au XVIIe siècle a marqué en quelque sorte un tournant dans la pratique de l’histoire de l’Amérique française. Dans cet esprit, le prix récompensera l’originalité de la contribution, la qualité de la recherche et de la méthodologie ainsi que la rigueur de la démarche intellectuelle.


2015

Maxime GOHIER
La pratique pétitionnaire des Amérindiens dans la vallée du Saint-Laurent sous le régime britannique : pouvoir, représentation et légitimité (1760-1860)
Thèse de doctorat (histoire), Université du Québec à Montréal, 2014.

Les membres du jury sont heureux de décerner le Prix Louise-Dechêne à Maxime Gohier pour sa thèse intitulée « La pratique pétitionnaire des Amérindiens dans la vallée du Saint-Laurent sous le régime britannique : pouvoir, représentation et légitimité (1760-1860) ». Dans cette thèse magistrale, l’auteur aborde la question des pétitions amérindiennes d’une manière très originale. Plutôt que de porter attention au contenu des diverses pétitions soumises au pouvoir britannique par les Amérindiens résidant dans la vallée du Saint-Laurent, l’auteur s’intéresse à la pratique pétitionnaire comme telle.

Basée sur une problématique originale, sur une érudition historiographique et historique impressionnante, sur une recherche exhaustive et sur une analyse rigoureuse, la thèse aborde trois questions fondamentales. Elle étudie le processus par lequel les communautés amérindiennes ont adopté la pétition comme moyen privilégié pour communiquer avec le pouvoir britannique, l’utilisation que les Amérindiens ont faite de cette pratique entre 1760 et 1860 ainsi que l’impact de l’adoption et de l’évolution de cette pratique sur la vie des communautés amérindiennes et sur leurs relations avec les autorités britanniques et canadiennes. L’auteur démontre que les pétitions doivent être comprises d’abord et avant tout comme des documents de nature politique puisqu’elles sont « le résultat d’un ensemble de luttes de pouvoir et de jeux d’influence » au sein des communautés amérindiennes. Il démontre également que l’adoption de la pratique pétitionnaire à partir de 1760 par les Amérindiens a eu deux grandes conséquences. Elle a d’abord permis la reconfiguration des relations de pouvoir entre les Amérindiens et les autorités britanniques dans un cadre inégalitaire, ce qui a permis la marginalisation politique et juridique des communautés autochtones au dix-neuvième siècle. Elle a également participé à la transformation des sociétés amérindiennes. Si les pétitions ont d’abord été utilisées par les chefs pour asseoir leur autorité sur leur communauté, elles ont aussi contribué au processus de démocratisation des sociétés autochtones en permettant l’émergence d’une opposition aux chefs traditionnels à partir des années 1830.

En décernant le prix Louise-Dechêne à la thèse de Maxime Gohier, les membres du jury veulent souligner la contribution exceptionnelle de cette thèse à une facette méconnue de l’histoire de l’Amérique française.

 

2013

Mario MIMEAULT
La correspondance de la famille de Theodore-Jean Lamontagne (1852-1896). La lettre, véhicule d’une identité migratoire
Thèse de doctorat (histoire), Université Laval, 2011.

Le prix Louise-Dechêne est attribué à Mario Mimeault pour sa thèse « La correspondance de la famille de Theodore-Jean Lamontagne (1852-1896). La lettre, véhicule d’une identité migratoire. » Le prix récompense l’originalité de la contribution, la qualité de la recherche et de la méthodologie ainsi que la rigueur de la démarche intellectuelle d’une thèse portant sur l’Amérique française. Le jury n’eut aucune difficulté à identifier toutes ces qualités chez Mario Mimeault. Dans une optique résolument nord-américaine, Mimeault trace les échanges de plus en plus complexes des descendants d’un migrant canadien-français de la Côte-du-Sud vers les quatre coins de l’Amérique du Nord. Joignant un appareil conceptuel exceptionnel et une recherche colossale en archives, Mimeault reconstruit le vaste réseau d’affections et d’obligations qui unit les Lamontagne dans une communauté familiale dont l’existence n’est perceptible que par leurs échanges épistolaires. À travers ces milliers de lettres, les conversations des Lamontagne révèlent avec force les réalités et les difficultés des migrants canadiens-français pendant la deuxième moitie du 19e siècle, mais surtout comment l’éloignement géographique des Lamontagne n’effrite pas les liens familiaux, mais plutôt les transforme en une nouvelle intimité familiale, créée par l’échange de lettres. En somme, Mimeault a produit un travail historique d’une grande importance.

 

2011

Jarett HENDERSON
Uncivil subjects : Metropolitan Meddling, Conditional Loyalty, and Lord Durham’s 1838 Administration of Lower Canada
Thèse de doctorat (histoire), Université York, 2010.

Dans sa thèse de doctorat soutenue en septembre 2010, Jarett Henderson reprend un sujet à propos duquel les historiens croyaient sans doute avoir tout dit et tout écrit: la visite éclair dans la colonie et le court régime de John George Lambton, Lord Durham, en 1838. Partant du constat selon lequel on a accordé jusqu’ici beaucoup plus d’attention au rapport de Durham qu’au mandat et à la mission qui lui ont été confiés, Henderson propose une interprétation originale, et par-là courageuse, d’un point d’histoire qui continue de nos jours à susciter des passions.

À travers de constants va-et-vient entre les scènes coloniale et impériale, Henderson examine la réception faite à lord Durham lors son bref séjour dans la colonie et l’horizon d’attente qui entourait son administration, tout en montrant à quel point la rédaction du Report on the Affairs of British North America a été conditionnée par les débats qui avaient cours à ce moment au sein de l’Empire concernant les droits politiques, sociaux et culturels qu’il convenait d’accorder aux différents sujets britanniques. Prenant en compte l’expérience concrète que Durham avait de l’Empire et les jugements posés par les uns et les autres sur son entourage, l’auteur intègre habilement à son étude la perspective genrée tout en rejoignant le champ en plein essor de la « nouvelle histoire de l’Empire ».

Tirant parti d’une vaste documentation en français et en anglais, écrite dans un style dynamique, la thèse d’Henderson montre la voie à suivre à quiconque souhaite renouer avec l’histoire politique sans pour cela sacrifier les acquis de l’histoire sociale ou renoncer à la fraîcheur de l’histoire culturelle.